Vous songez à vendre votre entreprise? Préparer votre stock!

Lors de la vente d’une entreprise, les stocks sont souvent sous‑estimés. Pourtant, une mauvaise évaluation peut entraîner renégociations, délais ou litiges. Voici pourquoi il faut agir avant la transaction.
Par Sylvain Caron, CPA, EEE, CFF

Bien qu’il soit essentiel de préparer la documentation adéquate afin de faciliter la vente de son entreprise, le présent article discutera littéralement des stocks. Si vous êtes mal préparés, ils peuvent entraîner des discussions difficiles, des ajustements de dernière minute, voire des conflits après la vente.

Un actif stratégique

Dans le cadre d’une transaction d’achat ou de vente d’entreprise, une mauvaise compréhension ou une évaluation imprécise des stocks peut entraîner des écarts significatifs entre la valeur réelle de l’entreprise et le prix payé, pouvant mener à des litiges post‑transaction ou une diminution de la valeur pour l’une des parties.

Dans plusieurs PME, la valorisation des stocks est reléguée au second plan. Les systèmes de suivi et les contrôles sont parfois insuffisants et les décomptes d’inventaire sont réalisés rapidement en fin d’exercice. Dans ce contexte, les stocks deviennent un simple poste au bilan, sans réelle analyse critique.

Une incidence sur les flux monétaires et la valeur

Pourtant, les stocks sont souvent un actif essentiel à la capacité de l’entreprise de générer des flux monétaires. D’une part, ils peuvent représenter une partie importante des décaissements et avoir une incidence sur le besoin de fonds de roulement. D’autre part, les inventaires représentent un élément clé du coût des marchandises vendues et de la rentabilité de l’entreprise.

Une erreur d’évaluation des stocks peut donc fausser la perception de la performance financière réelle de l’entreprise ou des risques, ainsi que l’analyse du fonds de roulement, faisant en sorte d’affecter potentiellement en double le prix de vente, soit au niveau de la rentabilité et du fonds de roulement.

Les facteurs de la valeur des stocks

L’analyse des stocks doit dépasser le simple décompte annuel. Trois (3) facteurs doivent être considérés : la quantité, la valeur et la qualité.

Une pièce peut se retrouver en plusieurs exemplaires et il est possible de lui attribuer un coût unitaire, mais il est important de prendre en compte si cette pièce est désuète ou bien si la période d’écoulement est très longue (quantité en trop ou utilisation spécifique).

La découverte d’écart peut entraîner une perception de risque additionnel de la part de l’acheteur.

L’incidence des erreurs d’évaluation sur le fonds de roulement

Une sous‑évaluation ou une surévaluation des stocks depuis plusieurs exercices aura une incidence sur le calcul du fonds de roulement requis. Dans une transaction, la cible de fonds de roulement établie au départ peut être remise en question lors de la vérification diligente ou, pire encore, à la clôture lors du décompte final.

Imaginons une entreprise qui sous‑estime historiquement son inventaire. Si, au moment de la clôture, la valeur des stocks augmente significativement sans variation notable du volume d’affaires, le vendeur voudra réclamer un ajustement de fonds de roulement positif. L’acheteur, pour sa part, pourrait remettre en question la fiabilité des données historiques et la pertinence de la cible de fonds de roulement.

Ce dernier se questionnera à savoir si l’inventaire n’était pas sous‑évalué depuis longtemps et que la cible de fonds de roulement n’était pas trop basse. Ce questionnement peut alors provoquer des délais pour conclure la transaction ou mener à un litige post‑clôture.

En contrepartie, si la valeur des stocks à la clôture est plus basse que celle présentée aux états financiers historiques, l’acheteur pourra percevoir un risque supplémentaire par rapport au prix payé ainsi que pour les garanties possibles reliées au financement.

Finalement, une valeur plus basse des inventaires à la clôture à la suite d’un travail plus minutieux peut affecter le prix à la baisse pour le vendeur et ainsi créer des frustrations.

Les effets sur la rentabilité et la valeur d’entreprise

Une mauvaise évaluation des stocks affecte également la rentabilité présentée aux états financiers. La valeur d’entreprise étant généralement déterminée en fonction de la rentabilité de cette dernière, une variation des bénéfices aura une incidence directe sur la valeur.

Bien que le maintien de la méthodologie, aussi bonne qu’elle soit, puisse niveler les écarts d’un exercice à l’autre, car l’inventaire du début aura les mêmes enjeux que l’inventaire à la fin, un changement dans les activités de l’entreprise peut exposer ces faiblesses et générer des écarts subséquents si la méthodologie n’est pas ajustée.

Un ajustement ponctuel de la valeur des stocks aura une incidence directe sur les bénéfices de l’entreprise. Une présentation adéquate des ajustements permet alors de bien identifier les ajustements et redresser le bénéfice en conséquence.

À titre d’exemple, un ajustement pour désuétude dans le dernier exercice pourrait s’appliquer à des stocks qui sont désuets depuis quelques années. Bien qu’un ajustement du dernier exercice soit nécessaire, il faut aussi se questionner si cet ajustement ne doit pas être alloué à plusieurs exercices antérieurs.

Des ajustements importants de la rentabilité pourront provoquer une renégociation du prix ou des conditions.

Pourquoi agir avant la transaction

Contrairement aux immobilisations, les stocks sont dynamiques, sensibles aux cycles économiques, à l’obsolescence, à la gestion opérationnelle et aux politiques comptables. Tous ces éléments peuvent être des sources potentielles de tension pouvant être atténuées par une analyse rigoureuse réalisée en amont de la transaction.

La démonstration d’une gestion adéquate des stocks et de leur valorisation contribue à réduire la perception de risque par l’acheteur et possiblement offrir un levier pour la création ou la protection de la valeur.

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