Catégorie : Univers du repreneuriat

Août 2020

Le Centre de transfert d’entreprise du Québec est allé à la rencontre de Catherine Roy-Cardin, Vice-présidente Expérience Client chez ACCS. Elle a récemment repris avec trois autres associés les rênes de l’entreprise, cofondée par son père il y a près de 30 ans. Elle nous raconte dans cette entrevue ses motivations, son parcours et son expérience en tant que repreneure.

 

femme entrepreneure

 

  1. Tout d’abord, présentez-nous brièvement votre entreprise.

ACCS est spécialisée dans le domaine de l’intelligence des bâtiments. L’entreprise a été fondée en 1992 par mon père, André Cardin et son partenaire Christian Savard. Je connais donc la compagnie depuis ses tout débuts, elle a démarré très modestement dans le sous-sol de notre maison. À l’époque, j’avais 9 ou 10 ans ! ACCS a connu une belle croissance et elle compte aujourd’hui près de 80 employés et un chiffre d’affaires se situant entre 15 et 20 millions. Notre mission c’est de prendre soin des gens et de l’environnement ! Nous transformons les bâtiments en des espaces de vie connectés, écoresponsables et riches en expériences pour tout le monde.

  1. Pourquoi avoir pris le virage du repreneuriat ? Quels ont été les éléments déclencheurs ?

J’ai étudié en génie mécanique avec l’idée de reprendre l’entreprise de mon père un jour. En sortant de l’université, j’ai travaillé dans les domaines de l’efficacité énergétique et des bâtiments. Douze ans plus tard, je me suis sentie prête ! J’avais fondé ma famille et acquis de l’expérience. Au fond de moi, j’avais la conviction que je pouvais apporter de la valeur à l’entreprise. De plus, le « timing » était parfait, car les fondateurs recherchaient activement leur relève. En voyant qu’il y avait un groupe de repreneurs qui s’organisait, j’ai voulu en faire partie. Cela fait deux ans déjà et je ne regrette pas un seul instant ma décision. 

  1. Quel type de reprise avez-vous fait ?

 Nous formons un groupe mixte de quatre repreneurs aux talents complémentaires. Un des associés était un employé clé de l’entreprise, les deux autres sont des repreneurs externes et moi-même, un membre de la famille Cardin.

  1. Quelle a été votre première démarche ?

Mon père espérait que je rejoigne l’entreprise un jour. Nous savions tous les deux que l’initiative devait venir de moi, au bon moment et pour les bonnes raisons. J’ai organisé un lunch pour lui annoncer que j’avais pris ma décision et que j’embarquais dans l’aventure. C’est avec beaucoup d’émotions que nous avons célébré cette grande nouvelle.

  1. Vers quels organismes ou personnes vous êtes-vous tourné en premier ?

Peu de temps après mon arrivée chez ACCS, j’ai communiqué avec le CTEQ que je connaissais de nom. Après avoir survolé le site internet où l’on trouve une mine d’or d’informations, j’ai pris contact avec le conseiller de ma région et nous nous sommes rencontrés. Nous avons été bien encadrés dès le départ, et ce pendant tout le processus de transfert. Notre conseiller au CTEQ a vraiment joué un rôle rassurant et essentiel, il a suivi notre rythme et répondu à nos nombreuses questions. Il nous a également présenté des ressources externes spécialisées et il a fait le lien entre notre équipe et tous les intervenants impliqués.

  1. Racontez-nous brièvement comment s’est passée la cohabitation entre les releveurs et les cédants.

Nous avons tout d’abord fait un exercice de planification stratégique. Au cours de cette première étape, nous nous sommes questionnés sur nos motivations respectives et la mission de l’entreprise. Nous avons constaté que nous partagions les mêmes valeurs humanistes et environnementales.

Pour que nous puissions grandir dans nos rôles, il fallait nous laisser plus de place. Les employés avaient le réflexe de se référer naturellement à André et Christian et ceux-ci ont dû apprendre à les rediriger vers nous. La période de cohabitation nous a permis de nous ajuster et de créer des relations de confiance tant avec les associés sortants qu’avec l’équipe.

Puis, nous avons nommé à la tête de l’entreprise un nouveau président, Simon Fournier, dont la vision est en continuité avec celle de son prédécesseur.

  1. Quels ont été vos principaux défis ? Comment les avez-vous surmontés ? 

Mon plus grand défi a été d’apprendre à jongler avec les différents chapeaux et plusieurs niveaux de responsabilité. Je suis à la fois actionnaire, gestionnaire au titre de vice-présidente et je m’occupe de plusieurs comptes clients. Je dois m’adapter selon mes interlocuteurs et les multiples situations à gérer.

  1. Selon vous, quels sont les avantages à reprendre une entreprise ?

Personnellement, je n’aurais pas eu le courage de démarrer une entreprise. J’ai préféré saisir l’opportunité d’intégrer une organisation qui a déjà une feuille de route, de l’expérience, des clients et des ressources.

  1. Quelles sont les qualités et les compétences à avoir en tant que repreneur d’entreprise ?

Je pense que cela prend de l’énergie, de la fouge et du leadership. Il faut souhaiter avoir des responsabilités importantes et avoir envie de piloter. Il faut également avoir de grandes habiletés relationnelles parce que reprendre une entreprise, c’est intégrer un groupe déjà établi.

  1. Si vous retourniez en arrière, que feriez-vous autrement ?

Je referais exactement la même chose. J’ai rencontré des personnes inspirantes tout au long de mon parcours avec lesquelles j’ai bâti des relations de confiance et même d’amitié !

  1. Avez-vous commencé à préparer votre propre plan de relève ?

Pour le moment, c’est beaucoup trop tôt ! Quand nous penserons à planifier notre propre plan de relève, je crois que mon père aura de bons conseils à nous donner.

  1. Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui se lance aujourd’hui dans un projet repreneurial ?

Je lui dirai de ne pas hésiter à se faire accompagner, je pense que nous avons gagné beaucoup de temps grâce à l’expertise du CTEQ. Bien s’entourer et prendre soin de soi et de ses partenaires, c’est essentiel pour avancer et faire face aux épreuves. De bons associés, une machine à café et le tour est joué !

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Août 2020

Jolyanne Latulippe et Francis Beaulieu, tous deux conseillers au Centre de transfert d’entreprise du Québec, nous exposent clairement dans cette capsule les raisons pour lesquelles le transfert d’entreprise s’imbrique bien dans le plan de relance économique actuel.

Vous retrouverez dans cette entrevue, les éléments de réponse suivants :

 

 

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Selon la Banque de développement du Canada, 60% des entrepreneurs ont plus de 50 ans et environ 40% d’entre eux se départiront probablement de leur entreprise au cours des 5 prochaines années*. Il s’agit d’une grande menace pour l’économie québécoise et c’est pourquoi le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) a été mis sur pieds il y a maintenant 5 ans. Le CTEQ travaille à conserver ces entreprises et les emplois qui y sont rattachés au Québec. Pour y parvenir, il met en relation des propriétaires d’entreprise et des acheteurs potentiels et les accompagne tout au long du processus de transfert de l’entreprise.

la route du repreneur

On entend beaucoup parler d’entrepreneuriat dans les médias, mais qu’en est-il du repreneuriat ? Entreprendre est un projet où une entreprise est créée de toutes pièces, de « rien ». De l’autre côté, le repreneuriat représente un projet où un individu ou un groupe d’individus procèdent à l’acquisition d’une entreprise existante. Un accent est mis sur :

  • La période de la transition (de 3 à 8 ans)
  • L’arrimage humain entre le cédant (propriétaire-dirigeant souhaitant vendre son entreprise) et le repreneur (individu ou groupe d’individus souhaitant acheter l’entreprise)
  • Le transfert des connaissances

Il existe, au Québec, un phénomène d’exode des régions par la jeunesse, de vieillissement de la population et de pénurie de relève auprès d’entreprises existantes. Il était donc naturel pour le CTEQ d’avoir une discussion conjointe avec l’organisme Place aux jeunes en région pour explorer le potentiel que nos jeunes Québécois et Québécoises ont pour renverser ces situations.

Dans cette entrevue, nous accueillons Stéphane Lesourd, directeur des opérations de Place aux jeunes en région et Stéphane D’Amours, conseiller en transfert d’entreprise pour les régions de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec au CTEQ.

M. Lesourd, parlez-nous brièvement de Place aux jeunes en région, organisme que vous représentez.

Place aux jeunes en région a été fondée il y a 30 ans en réponse à l’exode des régions du Québec. Financé par le Secrétariat à la jeunesse du Québec, notre réseau est présent dans 80 MRC du Québec. Le rôle de ces agent(e)s Place aux jeunes est d’attirer, d’accueillir et d’intégrer les jeunes de 18 à 35 ans en région via différents programmes.

Aujourd’hui, nous constatons différents enjeux liés à la mobilité de la jeunesse ce qui amène son lot de défis dans un contexte de rareté, voire de pénurie, de main-d’œuvre. De plus, avec les années, la clientèle que notre organisme dessert ne se limite plus aux personnes originaires des régions ayant quitté, mais aussi aux néoruraux, donc des individus n’ayant jamais vécu en région, ainsi qu’aux immigrants, pour qui les régions du Québec restent à découvrir.

M. Lesourd, pourriez-vous nous partager les avantages pour les jeunes de s’établir ou rester en région pour y reprendre (acheter) une entreprise ? De l’autre côté, quels sont les impacts sur la région ?

Il est clair que s’installer en région offre un milieu de vie très différent du milieu urbain. On parle évidemment de proximité à la nature et d’achat local au sein de communautés solidaires et tricotées serrées. L’achat d’une maison, ou d’autres propriétés sont aussi beaucoup plus accessibles.

L’occupation des MRC à caractère rural par les jeunes permettrait de rééquilibrer la pyramide des âges. Mais surtout, si on parle de repreneuriat, le transfert du savoir-faire et de l’expertise est au cœur des avantages. Prenons l’exemple d’un forgeron installé en Côte-Nord qui ne trouve pas de relève pour son entreprise. C’est un savoir qui pourrait disparaître ! En outre, qui dit jeunesse, dit nouvelles idées et nouvelles façons de faire; toutes bénéfiques pour la vitalité économique des régions.

M. D’Amours, vous représentez les régions de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec pour le CTEQ. Parlez-nous des possibilités en matière de reprise (achat) d’entreprise dans ces régions. Quels sont les secteurs d’activité principaux ?

Une grande partie des emplois dans la région tourne autour des ressources naturelles. Oui, il y a les alumineries, les minières, les producteurs de bois, mais il y a surtout tout le réseau de fournisseurs et de services qui s’y greffent. De plus, qui dit nature, dit entreprises de plein air et de tourisme.

Les commerces de proximité et commerces de gros qui sont si essentiels sont également des avenues intéressantes pour un repreneur. Si le dépanneur du village pouvait être repris au lieu de fermer, cela éviterait de mettre une communauté en péril et obliger ses habitants à faire une distance de 70 km pour acheter une simple pinte de lait.

De plus, les soins de santé comme la massothérapie, la physiothérapie et autres sont des secteurs d’activités bien représentés dans la région.

J’aimerais aussi partager un petit mot sur les communautés autochtones. Certains ont peut-être quitté leur communauté pour étudier en ville et rêvent possiblement d’y retourner. La reprise d’une entreprise dans leur région natale peut-être un bon moyen d’y arriver.

M. D’Amours, disons qu’un Montréalais ou une Montréalaise d’origine considère s’installer en Côte-Nord ou au Nord-du-Québec pour reprendre une entreprise, que lui diriez-vous si on vous demande à quoi ressemble la qualité de vie, concrètement ?

Je lui parlerais de mon expérience personnelle. Dès l’âge de 16 ans, j’ai quitté la ville pour voyager partout au Québec et je suis tombé en amour avec la Côte-Nord. Mes études et le travail m’ont par la suite amené à voyager partout dans le monde, de l’Haïti au Pérou, en passant par l’Afrique et l’Europe. Quelques décennies plus tard, quand je suis allé en Scandinavie, mon ADN nord-côtier s’est réveillé. J’ai pris les moyens nécessaires pour écouter mon rêve et j’ai quitté Laval pour intégrer le CTEQ à titre de conseiller en transfert d’entreprise pour la Côte-Nord et le Nord-du-Québec.

Je lui demanderais également quelles sont ses passions. Faire du « fat bike » après le travail, ça lui dit ? Voir la mer sur son perron et la forêt boréale sur son balcon, ça lui chante ? Alors, pourquoi ne pas y vivre 12 mois par année plutôt que d’y passer 2 semaines par année pour des vacances ?

Pour ma part, je peux vous dire que je me suis vite habitué à voir ce paysage plutôt que celui de panneaux publicitaires.

M. Lesourd, de quelle façon est-ce qu’un(e) jeune peut se préparer pour amener sa vie en région ? Par où commence-t-il/elle ?

Je crois que la première étape est très personnelle. Il faut faire une introspection, se demander ce qu’on veut dans la vie, qui on est, qu’est-ce qu’on a envie de faire, comment veut-on être heureux et faire une différence.

Ensuite, appuyer son projet en s’entourant des bons organismes et programmes. Cela permettra d’avoir accès à de l’information et un accompagnement de qualité.

Enfin, tout au long du projet, je dirais que l’important est de se faire confiance et de s’entourer des bonnes personnes. Certains risquent de vouloir vous mettre des bâtons dans les roues. Il faut croire en soi tout en gérant les risques et le changement en s’assurant d’un accompagnement adéquat.

M. D’Amours, du côté du CTEQ, par où est-ce qu’un jeune commencerait s’il souhaite reprendre une entreprise en région ?

Ma première question pour lui ou elle serait : « As-tu déjà visité la région ? »

Je l’encouragerais à faire un « road trip » pour déterminer si c’est réellement le mode de vie qu’il ou qu’elle souhaite. Si oui, est-ce qu’il ou elle se sent davantage dans son élément près de la mer, de la forêt ou des montagnes ? Est-ce qu’il ou elle se voit plus à Les Escoumins, Kuujjuaq ou à Sept-Îles ?

Deuxièmement, quel type d’entreprise l’intéresse ? Une chocolaterie, une entreprise de plein air ou touristique, par exemple ?

Troisièmement, comprendre les étapes et le processus de la reprise (achat) d’une entreprise. Le guide du repreneur est un excellent outil pour cela. Ensuite, établir un plan de match en impliquant le plus tôt possible des organismes comme le CTEQ et Place aux jeunes en région.

M. Lesourd, parmi toutes les régions du Québec, lesquelles ont un besoin plus criant en « jeunesse » ou en repreneurs (acheteurs) actuellement ?

Les régions dites « éloignées » comme la Côte-Nord, le Nord-du-Québec et la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine sont les plus touchées par le vieillissement de la population. L’impact de l’épicerie qui fermerait ses portes est très concret dans ces régions. À l’inverse, si un(e) jeune reprenait ce commerce, l’impact serait immensément positif.

On dit souvent que la Côte-Nord est loin de Montréal. À cela, la question que j’aime poser est : « Qui est loin, exactement ? » Tout est une question de perspective.

M. D’Amours, en Côte-Nord et au Nord-du-Québec, où sont les besoins principalement en matière de repreneuriat ?

Les besoins sont partout. Il y a une véritable pénurie de main-d’œuvre et de relève repreneuriale. De l’autre côté, les propriétaires d’entreprise cédants sont très accueillants et heureux de trouver une relève qui s’intéresse à leur entreprise.

 M. Lesourd, si vous aviez un message que vous aimeriez que les jeunes retiennent de notre entretien d’aujourd’hui, quel serait-il ?

Selon mes observations, les jeunes valorisent principalement l’accès à la propriété, l’environnement et l’achat local. C’est exactement ce que les régions ont à offrir; s’installer en région permet donc ce mariage naturel. J’encourage donc les jeunes à réfléchir à ce qu’ils veulent, à s’entourer des bonnes ressources, et surtout, à se faire confiance.

M. D’Amours, de votre côté, si vous aviez un message que vous aimeriez que les jeunes retiennent de notre entretien d’aujourd’hui, quel serait-il ?

Faites le saut : réalisez votre rêve ! Conciliez votre vie professionnelle à votre épanouissement personnel. Vivre en région, c’est un « road trip » perpétuel, donc vivez-y 12 mois par année. Pour ma part, j’ai dû faire le tour du monde pour réaliser que le bonheur était sur mon perron, ici, au Québec, et plus précisément en Côte-Nord.

Sources :

*Banque de développement du Canada – Étude Vague de transferts d’entreprise en vue au Canada, septembre 2017

Juillet 2020

La crise sanitaire a engendré plusieurs mutations sociétales qu’il est très important d’observer, d’étudier et surtout de comprendre afin de pouvoir adéquatement y répondre dans nos organisations.

Aujourd’hui, le Centre de transfert d’entreprise du Québec accueille Sophie-Annick Valée, vice-présidente stratégie chez lg2 pour partager avec nous quelques faits saillants issus d’une étude réalisée en collaboration avec Léger sur les changements et l’évolution des comportements des Canadiens en matière de consommation.

 

Dans cette capsule, 3 points sont soulignés :

 

 

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Mai 2020

La crise liée à la COVID-19 qui sévit présentement le monde entier ébranle tout autant le monde des affaires en soulevant plusieurs questions d’ordre légales et commerciales lors des transferts d’entreprises.


Dans ce webinaire, le CTEQ invite BCF avocats à répondre à diverses interrogations évoquées par des vendeurs et acquéreurs d’entreprise.

Si vous êtes propriétaires-dirigeant, futurs acquéreurs d’entreprise ou experts œuvrant dans le domaine du transfert d’entreprise, ce webinaire est taillé sur mesure pour vous.

 

 

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Mai 2020

Dans cette nouvelle Capsule, le Centre de transfert d’entreprise du Québec invite Me Micheline Dessureault du cabinet Therrien Couture Jolicoeur à nous parler de l’impact de la COVID-19 sur les contrats de vente internationaux.

 

Elle nous éclaire sur les principaux aspects légaux qu’un vendeur ne doit pas oublier en période de crise comme :

 

 

 

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Avril 2020

Il n’aura fallu que six mois pour que le processus repreneurial aboutisse à la transaction. Puis, la relation repreneur (acheteur) et cédant (vendeur) a commencé à s’effriter après deux mois de cohabitation écourtée. Les liens entre les deux entrepreneurs se limitent depuis aux pourparlers fragiles sur le remboursement du crédit-vendeur et le bail locatif. Comment se soutenir dans les temps difficiles malgré l’animosité qui plane ?

Cette histoire vécue récemment par un repreneur nous rappelle l’importance de prendre soin de la relation repreneur-cédant.

 

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Après l’expérience de négociation typique — avec ses hauts et ses bas —, le repreneur croyait avoir passé le pire dans sa relation avec le cédant. Puis est venue l’étape de cohabitation chaotique, qui a éteint la lune de miel. La cohabitation s’est d’ailleurs écourtée, passant de six à deux mois. « Ce n’était pas mon idéal. Mais nous étions tous les deux d’accord avec cette décision », mentionne le repreneur.

La négociation sur la sortie du cédant fut difficile parce qu’elle n’avait pas été prévue de cette façon. Les imprévus dans ces temps de changements peuvent être une grande source d’opposition. Le repreneur confie d’ailleurs avoir « vécu cela difficilement ».

Puis, les ajustements post-transaction ont généré d’autres discordes, menant les deux parties vers un médiateur pour régler le conflit. « Nous avons fini par le régler. Mais nous sommes ressortis de cette étape amers, chacun de notre côté. »

En même temps, l’entreprise est entrée dans une baisse significative de son marché. L’année s’annonçait difficile pour la pérennité de l’entreprise. Un moratoire sur le remboursement du solde du prix de vente fut déclenché de manière hostile. « Cela a mis le feu aux poudres. Ce fut épouvantable. Ça a duré longtemps. Je suis très conscient que je n’avais pas remboursé beaucoup depuis la signature. Au moins, je n’avais jamais touché aux obligations reliées au bail. »

Puis, l’année suivante s’est très bien amorcée avec une remise en confiance des partenaires financiers. « Ça allait bien, donc j’ai recommencé à envoyer des chèques. »

Et la pandémie de COVID-19 est arrivée…

Le repreneur attendit plusieurs jours avant d’appeler le cédant. En fait, celui-ci était le dernier sur sa liste d’appels. Il souhaitait laisser passer du temps pour que la situation s’éclaircisse et que les impacts de la crise soient mieux compris.

« J’ai énormément de pression actuellement pour traverser la crise et je ne voulais pas en rajouter avec cette relation difficile. Je voulais mettre toutes les chances de mon côté pour que ça se passe bien.

« Je voulais m’assurer d’être calme et disposé. Je devais rationaliser, prendre du recul et trouver les bons mots. Si je l’avais fait tout de suite au début, j’aurais risqué de rallumer l’animosité ! Nous avons tous les deux le sang très chaud; vaut mieux réfléchir avant d’agir !

« Il devait s’attendre à mon appel. Et plusieurs matins, je me disais, “Non, je ne le sens pas, je suis trop fatigué, trop préoccupé, trop fébrile, ce n’est pas la bonne journée…” Alors j’attendais. Je me préparais à une discussion difficile. Puis, un jour, je n’ai rien placé d’autre dans ma journée sauf cet appel.

« Alors j’ai appelé. À ma grande surprise, son ton était compréhensif et ouvert. J’ai commencé par une demande standard durant la COVID-19, soit six mois de moratoire. Sa proposition était plutôt de commencer avec deux mois. Je croyais cela bien raisonnable. Je veux le rembourser rapidement sans mettre en péril l’entreprise sur le plan des liquidités. Pour atténuer ses préoccupations, j’ai pris le temps d’expliquer toutes les mesures nécessaires qui étaient mises en place. »

Il est tout à fait légitime pour un cédant dans cette situation de vouloir comprendre l’état de la situation, même de vérifier le bout de chemin fait par le repreneur, comme la réduction d’une partie de son salaire. D’après son expérience, le cédant s’attend souvent à ce que le nouveau chef en place adopte la même stratégie que lui en temps de crise. Dans certains cas, ce n’est pas possible. « Ma structure d’actionnariat ne me permet pas de faire comme lui faisait », souligne le repreneur.

« J’étais sincère avec lui. Je veux toujours être transparent sur la stratégie de relance. Il a terminé l’appel en me posant la question : “Si tu avais su tout ça, aurais-tu toujours repris l’entreprise ?”

« J’ai répondu oui. J’appréhendais la discussion et quand j’ai accroché, je me suis dit “Hein ! Ça a bien été facile !” Puis, j’ai reçu un deuxième appel. Il m’a demandé de lui faire une mise à jour et de le soutenir dans un dossier. Je l’ai fait de bonne foi. Il m’a évité beaucoup de stress. »

Que retenir de cette histoire ?

Reprendre une entreprise n’est pas une trajectoire linéaire. Même lorsque la relation repreneur-cédant est tendue, il est essentiel de rester compréhensif, humble et courtois. Nous ne savons pas ce qui peut arriver; un jour, vous pourriez avoir besoin d’un coup de pouce. Le respect doit être mutuel, même lorsque le ton monte.

Repreneurs et cédants, à quoi ressemble votre relation ? Que faites-vous actuellement pour « aplanir » les temps difficiles ?

 

Jessica Grenier

Collaboration spéciale

Spécialiste en repreneuriat

 

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Pour les entrepreneurs et les repreneurs qui désirent vivre une passation sans heurts, un organisme peut tout changer et permettre d’être prêt pour chacune des étapes du long processus. Mon implication au sein du Centre de transfert d’entreprise du Québec me permet d’en connaître le fonctionnement et de vous le présenter. Peut-être qu’après cette lecture, je vous aurai donné envie de communiquer avec eux pour concrétiser votre projet professionnel.

Alliance naturelle

J’ai connu le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) par l’entremise du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ) et par la présence de cet organisme au sein de l’Association des Hôteliers du Québec (AHQ). En effet, l’AHQ collabore depuis quelques années avec le CTEQ pour les transferts d’entreprise et cette collaboration a, à ce jour, plusieurs exemples de succès. L’AHQ et le CTEQ ont uni leurs forces au cours des dernières années afin d’assurer la pérennité des entreprises touristiques, plus particulièrement dans l’hôtellerie. Le CTEQ, dans ses missions, a une grande implication sectorielle dédiée à notre industrie, qui est particulièrement touchée par le manque de relève entrepreneuriale. La relève entrepreneuriale est un défi très actuel, pour lequel j’ai naturellement un intérêt.

Comme indiqué dans mon dernier billet, l’industrie hôtelière au Québec est à forte proportion indépendante, bien qu’on soit à l’inverse de la tendance du reste de l’Amérique. Cette situation engendre une problématique de relève pour les hôteliers qui refusent de vendre ou de céder à un rachat. Je ne peux que les comprendre : c’est un peu comme si on imaginait que je cédais à une opération de charme d’une grande chaîne hôtelière qui mettrait la main sur l’Hôtel Château Bellevue et l’Hôtel Château Laurier Québec et que je voyais disparaître un pan de mon histoire familiale.

Un des avantages du repreneuriat, qu’il soit familial ou non, c’est de conserver la nature et la mission de l’entreprise. Et c’est à travers cette façon de faire que nous pourrons nous assurer de la pérennité des entreprises qui font notre fierté.

Au cœur de l’action

Impliquée au sein de l’AHQ, j’ai voulu en savoir un peu plus sur le CTEQ, qui s’avérait être un partenaire sérieux et qui proposait des outils concrets et accessibles pour la réussite d’un transfert d’entreprise. Je ne vous cacherai pas que mon intérêt était aussi personnel puisque cet enjeu est près de ma réalité. Au fil des discussions et des opportunités d’implication, on m’a proposé une place sur le conseil d’administration, afin que je puisse représenter la vision de l’industrie touristique et hôtelière. Sur ce CA, les membres proviennent de différentes industries (construction, services comptables, usinage, droit, éducation, etc.) et ont chacun un bagage d’expérience très varié, en plus de provenir de différentes régions du Québec. Qui plus est, la composition du conseil d’administration fait des envieux par son modèle : une parité homme-femme, la représentativité de 11 régions du Québec et des administrateurs de tous âges (vous aurez peut-être deviné que je suis la benjamine du groupe).

J’ai débuté mon implication à titre de vice-présidente du CA en 2018 et il s’agit de ma première expérience où je suis activement impliquée puisque je siège aussi au comité exécutif. L’application stricte de règles de gouvernance permet d’assurer une impartialité et une relève au sein des administrateurs.

Le CTEQ est un organisme de développement économique soutenu financièrement par le gouvernement provincial et est présent dans toutes les régions du Québec. D’ailleurs, un entrepreneur sérieux qui entame ses recherches verra à même le site web du Ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec qu’on y cite le CTEQ quand on mentionne qu’on doit bien s’entourer pour entreprendre de telles démarches. Avec sa vingtaine de conseillers qui jouent le rôle important d’entremetteurs, le CTEQ permet de concrétiser des occasions d’affaires entre les entrepreneurs de toutes les régions qui sont à la recherche d’une relève et les jeunes entrepreneurs à la recherche d’un défi.

Pour vous aussi

Une autre mission du CTEQ est de faire de la formation continue auprès de professionnels qui jouent un rôle d’accompagnement dans le transfert d’entreprise. Ainsi, à force de rencontrer les acteurs des différentes industries, la préparation des cédants et celle de la relève en repreneuriat seront davantage structurées et adéquates.

En collaboration avec l’Institut de Leadership, un programme de certification en transfert d’entreprise permet d’outiller autant les consultants que toute personne intervenant de près ou de loin dans le transfert d’entreprise. En trois modules, cette formation permet de préparer ce type de transaction et adresse même l’aspect post-transactionnel, qui n’est pas à négliger.

Agent de changement

En sensibilisant et en éduquant les propriétaires-dirigeants à céder leur entreprise avant même que le besoin de concrétiser l’idée devienne urgent, on évitera des situations fâcheuses et potentiellement catastrophiques. Il faut agir bien avant qu’il soit presque trop tard. Évidemment, il ne faut pas attendre de communiquer avec le CTEQ au moment où le transfert de l’entreprise doit se faire. Il faut le faire bien avant, soit au moment où le projet de céder l’entreprise devient un objectif. Les repreneurs, peut-être moins pressés, ont une meilleure perception du temps que tout ce processus peut prendre. Est-ce une question de patience? Allez savoir… si seulement la jeunesse savait et si la vieillesse pouvait!

Plusieurs événements mettent en lumière la pertinence du CTEQ et de ses implications dans plusieurs industries. Que ce soit des conférences, des tables de concertation ou des colloques, l’organisme est présent dans plusieurs régions. Un événement majeur se déroule annuellement au mois de mai, soit le Sommet international du repreneuriat. Cet événement annuel organisé par le CTEQ permet d’aller à la rencontre d’entreprises internationales et de se mettre à jour sur les bonnes pratiques dans le monde. C’est une bonne façon d’évoluer pour, peut-être un jour, que le Québec devienne un modèle de succès en repreneuriat. Ces différents événements permettent d’accroître non seulement la visibilité de l’organisme, mais aussi celle des différents partenaires d’affaires.

En conclusion

Andrew Molson, fier porte-parole du CTEQ depuis février 2018 sera maintenant accompagné d’une personnalité bien connue. En effet, depuis quelques semaines, le CTEQ s’est doté d’un nouvel ambassadeur célèbre dans l’industrie culturelle. La visibilité accrue de Louis Morissette permettra au CTEQ de susciter l’intérêt d’un plus vaste public.

Il va sans dire que ce nouvel ambassadeur vient compléter le travail soutenu de deux autres ambassadrices du CTEQ, soit Véronique Tougas, présidente du Groupe Cambli et personnalité d’affaires très connue ainsi que l’Honorable Liza Frulla, directrice générale de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) qui joue le rôle d’ambassadrice dans notre industrie. Ces deux femmes inspirantes sont d’excellentes ambassadrices qui permettent à un grand nombre de gens d’affaires et de représentants de la relève de comprendre toute la pertinence des services proposés par le CTEQ.

Je me dois aussi de mentionner, pour ceux qui sont vraiment intéressés par de telles démarches, que plusieurs outils s’offrent à vous pour réussir un transfert d’entreprise. En plus de judicieux conseils, l’appui financier permet de faciliter les démarches. Le Fonds de transfert d’entreprise géré par Investissement Québec et le financement adapté proposé par la BDC ne sont que des exemples parmi tant d’autres. Vous gagnerez certainement à discuter de ce projet avec votre réseau de contacts, aussi vaste soit-il, afin d’ouvrir les opportunités.

Pour toutes questions, n’hésitez pas à communiquer avec nous!

Avril 2020

Il n’a jamais été autant question des vertus et retombées de l’achat local dans l’espace public et médiatique. Élus, entreprises publiques ou privées, organisations de tous azimuts, citoyens et entrepreneurs, tous semblent mobilisés comme jamais autour du principe de l’achat local. Les initiatives récentes comme Le Panier Bleu et Ma Zone Québec sont quelques exemples du résultat de cette mobilisation collective.

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Acheter local, c’est quoi ?

 

Techniquement, il n’y a pas de définition précise de l’achat local, mais un critère fondamental de ce principe est de choisir ses biens de consommation et ses services en fonction de la proximité du lieu de production et de transformation de ces derniers[1]. Cela peut se traduire de plusieurs façons dans nos habitudes de consommation : achat de fruits et légumes de maraîchers régionaux, de matériaux à la quincaillerie locale, de livres à la librairie indépendante de quartier, de produits d’alimentation chez le boulanger, à la chocolatière ou au restaurant du coin, etc.

 

Propulser la reprise d’entreprises familiales

 

Pour les différentes entreprises familiales installées un peu partout au Québec, l’achat local peut solidifier leur ancrage régional et leur santé financière. Ces facteurs se veulent des assises pouvant inciter les prochaines générations à non seulement reprendre les rênes de l’entreprise familiale, mais à vouloir l’amener à un niveau supérieur.

 

Déclencher le transfert interne d’entreprises

 

Autant pour la partie qui cède que celle qui reprend, l’appui continu de clients locaux peut donner une flexibilité financière à un entrepreneur pour mettre en place un plan de transfert progressif de l’entreprise vers un ou des employés qui ont le talent et la volonté, mais qui, autrement, n’auraient pas les capacités financières pour l’acheter. Cette mécanique de transfert progressif permet de transférer l’avoir de l’entreprise, mais aussi les pouvoirs et les savoirs vers les nouveaux propriétaires de manière structurée et organique. Cet appui local peut également être l’étincelle qui convainc un ou des employés de la viabilité de racheter l’entreprise qui les emploie lorsque l’occasion se présente. 

 

Favoriser la création de grappes régionales

 

L’achat local soutenu par les consommateurs et les entreprises peut contribuer à la complémentarité et à la synergie entre les entreprises d’une même région, symbole d’une diversification économique régionale. Il est possible d’imaginer que, si une entreprise n’a pas de relève, des entreprises qui font partie de la même grappe auront un incitatif à l’acquérir pour maintenir ce maillon de la chaine dans le giron régional.

 

Stimuler l’effet de pairs entrepreneurial dans une localité

 

Des entrepreneurs qui peuvent compter sur une clientèle locale fidèle sont souvent impliqués dans leur communauté. Ces gens deviennent des personnalités appréciées et inspirantes par leurs concitoyens et le fait de les côtoyer peut inciter des gens à démarrer ou acheter une entreprise. Ce dynamisme peut motiver des gens partis étudier et travailler à l’extérieur à revenir vivre dans leur patelin ou il peut inciter des immigrants à choisir une municipalité pour s’établir. Il y a fort à parier que certains de ces revenants ou nouveaux arrivants démarreront ou achèteront une entreprise… on connait tous au moins une histoire à succès de ce genre.

 

Faciliter la valorisation continue

 

Peu importe le type de reprise, qu’elle soit interne, externe ou familiale, la valorisation d’une entreprise est un rouage important pour assurer sa survie à la suite de son transfert. Les investissements découlant d’un plan de valorisation permettent d’éviter la dépréciation des actifs et d’adapter les opérations d’une entreprise à la réalité dynamique du marché dans lequel elle opère. Il est donc possible de croire que lorsqu’un entrepreneur peut compter sur l’appui d’une masse critique suffisante de clients locaux, il sera plus facile de réaliser des investissements continus dans son entreprise pour, entre autres, renforcer les relations avec ses clients, employés et fournisseurs. Ainsi, cela permettra de conserver ou d’augmenter la valeur d’une entreprise. Ces conditions sont également intéressantes pour de potentiels repreneurs et bailleurs de fonds d’un projet de relève.

 

Un geste de confiance envers les entrepreneurs d’ici

 

Comme vous pouvez le constater, les impacts et bénéfices potentiels de l’achat local sur la relève d’entreprise sont nombreux. L’achat local peut se révéler un jalon important pour stimuler et solidifier le transfert du patrimoine entrepreneurial du Québec inc. et, par le fait même, accentuer l’empreinte d’une économie de propriétaires. D’ailleurs, l’entrepreneur à succès, Nicolas Duvernois de Pur Vodka, résume bien ce principe en disant « acheter un produit d’ici est un investissement pour l’économie et les entrepreneurs d’ici, acheter un produit d’ailleurs est une dépense ».

[1] Noreau, J. (2015). L’achat local, un phénomène qu’on ne peut ignorer. 4 pages.

 

 

 

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Il est important de surveiller l’évolution du repreneuriat au Québec afin de bien cerner les effets de la COVID-19. Le portrait du repreneuriat en 2017 nous indique que près d’une PME sur trois est issue du repreneuriat au Québec! Un peu moins d’un propriétaire sur quatre (23 %) se déclare prêt à céder son entreprise et parmi ceux-ci, un peu plus de la moitié privilégie une stratégie de pérennité externe aux dépens d’une stratégie interne ou familiale. Enfin, bien que les PME à transmettre se retrouvent dans des secteurs d’activités variés, c’est dans les secteurs du tourisme, de l’hébergement et de la restauration que nous retrouvons les plus importantes intentions de transmettre.

 

 

Cette crise aura-t-elle un impact sur les intentions de transmission ou de fermeture? Sur le choix de la stratégie de pérennité? Sur la diversité des secteurs d’activité des entreprises issues du repreneuriat? Bref, comment va le Québec repreneurial?
Voici ce que nous retenons d’une conversation éclairante avec Marc Duhamel (UQTR) et Vincent Lecorne (CTEQ).

Deux messages-clés ressortent de ce partage :

  1. La situation est temporaire et les règles du repreneuriat ne changent pas. Les chefs prêts à transmettre doivent continuer de poser des gestes pour se préparer et valoriser l’agilité et la résilience de l’entreprise dans cette crise. Prendre son temps de part et d’autre, pour le cédant et le repreneur, est important.
  2. L’accès aux réseaux d’experts, de repreneurs potentiels et de cédants prêts n’a jamais été aussi important qu’en ce moment. L’effritement des réseaux en repreneuriat provoqué par l’incertitude actuelle est problématique. Nous devons continuer de persévérer pour tisser des liens et maintenir la qualité, la collaboration et la performance des réseaux professionnels. 

QUESTION 1 : Quel est l’impact de la crise actuelle sur les chefs qui sont prêts à céder leur entreprise?

Marc Duhamel (MD) : Les analyses plus pointues que nous avons faites de ce portrait nous indiquent que la grande majorité de ces chefs sont dans la zone d’âge à risque de la pandémie actuelle. Cela peut apporter des enjeux bien personnels de santé, tant et aussi longtemps qu’un vaccin n’est pas accessible. Cette situation suggère que nous serons témoins de plusieurs histoires de personnes dont les plans de transmission d’entreprise seront soit précipités, soit abandonnés, tout simplement. Ce drame de santé publique laisse des répercussions sur les PME.

Ce qui est problématique en particulier avec la crise, c’est que les PME les plus touchées par les mesures de confinement sont dans les secteurs de l’hébergement, du tourisme et de la restauration. Ce sera excessivement difficile de maintenir longtemps les mesures qui limitent les activités de ces entreprises sans créer d’impact majeur. Ce sont, en grande proportion, ces mêmes propriétaires qui « avaient » l’intention de transmettre en 2017.

Quoi qu’il en soit, nous sommes dans une amorce de récession et il est difficile pour un chef de PME de se prononcer sur les plans de relance. J’ai grande crainte qu’en dépit de tout l’appui qui peut être donné, la crise coupe l’herbe sous le pied de nombreux propriétaires qui avaient l’intention de transférer actuellement.

Vincent Lecorne (VL) : Il est possible d’envisager un mouvement dans le bassin des 37 000 entreprises québécoises devant changer de mains à très court terme. Si nous avons une croissance, ce sont de nouvelles intentions accélérées par la crise. Mais avec les prédictions actuelles sur l’impact économique, nous risquons d’en perdre quelques milliers. Le portrait changera.

Et pour les projets qui s’effectueront dans les deux prochaines années, ils seront certainement teintés d’histoires de rebonds particuliers. Ce sera la vague des transferts COVID-19! Nous n’avons pas de boule de cristal, il faudra attendre un an ou deux avant d’être en mesure d’analyser concrètement les écarts provoqués par la crise.

Les portraits sont très différents d’une région à l’autre et d’un secteur à l’autre. Il y aura sans doute une sélection naturelle, c’est-à-dire qu’une entreprise solide et agile demeurera pérenne après la crise. Pour les plus vulnérables, ce sera sans doute plus difficile de poursuivre le projet de transfert. C’est inquiétant. Tous les programmes gouvernementaux sont bienvenus pour aider à passer la tempête.

En général, c’est la transparence et la volonté d’appuyer les individus et les entreprises qui triomphent avec les leaders dans le milieu, tant sur le plan politique que sur le plan des affaires.

QUESTION 2 : Comment réduire la vulnérabilité des entreprises?

MD : Nous observons de manière générale deux situations types. La première touche un très grand nombre de chefs, dont les propriétaires de PME qui œuvrent dans des secteurs comme l’agriculture, le service, le commerce au détail, le tourisme ou la restauration. Les régions à l’extérieur du grand Montréal sont très affectées. Malgré les programmes mis en œuvre pour réduire l’effet du confinement sur ces entreprises-là (et l’effet sur les fonds de pension dilapidés), j’ai grande crainte que la vulnérabilité de l’entreprise décourage le chef et l’amène à abandonner son plan de transmettre, admettant qu’il soit plus simple de mettre la clé dans la porte. Dans un scénario plus optimiste, ces chefs repousseront le projet.

Pour d’autres qui évoluent dans des secteurs permettant de relever le défi de la crise, les perspectives de transmission sont plus favorables. Bien qu’ils puissent repousser la transmission, ils pourront présenter un portrait financier plus solide ainsi qu’une agilité opérationnelle et organisationnelle intéressante pour les repreneurs. Peut-être même plus qu’avant! Dans certains cas précis, le portrait sera bonifié.

VL : Les règles du repreneuriat ne changent pas! Il est toujours aussi important de communiquer, de faire ses devoirs de préparation et d’éviter de laisser au hasard le soin de diriger le projet repreneurial.

Pour les projets qui seront de la vague 2021-2022, nous serons attentifs aux paramètres comparatifs pour comprendre comment l’entreprise a rebondi, et ce qui a été corrigé ou non. Quelles ont été les réactions et les actions prises durant la crise et pour assurer la relance? Il devient donc important de bien documenter sa réponse à la crise. Les chefs qui ont répondu « oui » à l’intention de transmettre leur enftreprise doivent continuer de se préparer durant cette « pause ». Les repreneurs ont majoritairement appuyé sur « arrêt » afin d’observer ce qui se passe.

Nous avançons actuellement dans l’inconnu avec beaucoup d’incertitude.  Le temps jouera en faveur de ceux et celles qui sont patients.

QUESTION 3 : Quels sont les effets particuliers sur les stratégies de transfert internes ou externes?

VL : Pour les projets internes, c’est-à-dire ceux qui impliquent que les repreneurs soient déjà dans l’entreprise et se préparent à prendre les rênes, l’effet est généralement positif. Une grande attention est accordée à la bonne relation avec les employés et à la solidarité générale. Cette philosophie d’affaires très humaine actuellement aura un effet positif sur la relation entre les parties prenantes, repreneurs et cédants. Ceux et celles qui vivent la crise ensemble en adressant les enjeux humains reliés apprennent l’un de l’autre, sur l’un et l’autre, ce qui favorise la confiance et la cohésion.

L’impact sur la génération des milléniaux est énorme. C’est en quelque sorte une remise à neuf de l’économie où jouer et s’engager en équipe est prioritaire, où revenir à un équilibre est au cœur des préoccupations… Les milléniaux apprivoisent ensemble de nouvelles règles de fonctionnement comme le télétravail ou la communication plus rythmée. Il y a beaucoup de choses qui vont changer sur les plans des technologies numériques, de la communication et du leadership.

Pour les projets externes, le marché sera favorable aux repreneurs. Au CTEQ, nous observons en général que les repreneurs qui s’affichaient il y a quelques semaines vont continuer de s’afficher. Leurs analyses d’occasions d’affaires seront basées sur les résultats liés à cette crise sans précédent.

MD : L’évaluation de la valeur d’entreprise est centrale en repreneuriat. Le repreneur aura de la difficulté à évaluer cette valeur à court terme. Le processus imparfait de la négociation s’accentue et prendra sans doute une autre tournure. Comment distinguer ce qui est attribuable à la crise? Les repreneurs externes qui n’auront pas vécu la crise « dans » l’entreprise devront s’entourer et développer des capacités d’analyse stratégiques adaptées.

En repreneuriat familial, nous parlons depuis plusieurs années de l’iniquité fiscale des transmissions familiales. En plus des sommes d’argent en jeu, les parties prenantes devront subir, dans certains cas, des enjeux humains substantiels.

Je crois qu’on pourrait qualifier de scénario optimiste la vision d’une « pause ». Pour une majorité d’entreprises, l’impact de la perte de revenus est majeur. Les programmes d’aide sont bienvenus pour réduire ces effets.

Il y a un consensus auprès de mes collègues économistes : cette situation est du jamais vu.

Continuer de persévérer pour créer des liens

Le marché du repreneuriat a besoin de se resserrer et de continuer de tisser des liens. La participation des réseaux professionnels permet d’assurer un rebond économique vers les entreprises pérennes. Ce nouveau cycle révèle un nombre incalculable d’occasions que nous devons saisir avec solidarité.

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